{"id":1025,"date":"2023-02-05T16:47:47","date_gmt":"2023-02-05T15:47:47","guid":{"rendered":"http:\/\/feuilletsdeuphemia.fr\/?p=1025"},"modified":"2023-02-05T16:48:18","modified_gmt":"2023-02-05T15:48:18","slug":"jane-eyre-de-charlotte-bronte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/feuilletsdeuphemia.fr\/index.php\/2023\/02\/05\/jane-eyre-de-charlotte-bronte\/","title":{"rendered":"Jane Eyre de Charlotte Bront\u00eb"},"content":{"rendered":"\n<p>R\u00e9sum\u00e9 \u00e9diteur :<\/p>\n\n\n\n<p>Jane Eyre est pauvre, orpheline, pas tr\u00e8s jolie. Pourtant, gr\u00e2ce \u00e0 sa seule force de caract\u00e8re, et sans faillir \u00e0 ses principes, elle parviendra \u00e0 faire sa place dans la soci\u00e9t\u00e9 rigide de l&#8217;Angleterre victorienne et \u00e0 trouver l&#8217;amour\u2026 Une h\u00e9ro\u00efne qui surmonte les \u00e9preuves sans perdre foi en son avenir, une intrigue o\u00f9 se succ\u00e8dent myst\u00e8res et coups de th\u00e9\u00e2tre, une passion amoureuse qui d\u00e9fie tous les obstacles : le plaisir de lire Jane Eyre est toujours aussi vif. Comme elle, on veut croire que rien n&#8217;est \u00e9crit d&#8217;avance et que la vie r\u00e9serve des bonheurs impr\u00e9vus.<\/p>\n\n\n\n<p>Critique :<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que je connaisse l&#8217;histoire, je n&#8217;avais jamais lu &#8221;Jane Eyre&#8221;, pourtant un classique de la litt\u00e9rature anglaise. Voil\u00e0 qui est chose faite et j&#8217;en retire un plaisir mitig\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;histoire est, somme toute, assez classique : une orpheline pauvre, maltrait\u00e9e par sa famille d&#8217;adoption, devient enseignante et tombe amoureuse d&#8217;un homme au-dessus de sa condition. Un certain nombre de rebondissements sont convenus : les pr\u00e9jug\u00e9s de sa famille d&#8217;adoption, le refuge dans les livres, les r\u00e9v\u00e9lations sur sa famille biologique et leurs cons\u00e9quences, la fin heureuse. Bref, pas de grosse surprise.<\/p>\n\n\n\n<p>C&#8217;est aussi un r\u00e9cit particuli\u00e8rement dat\u00e9 par certains aspects, notamment son rapport \u00e0 la religion. Il y a de nombreuses r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la Bible. En soi, il faut savoir que la culture anglo-saxonne fait r\u00e9guli\u00e8rement r\u00e9f\u00e9rence aux r\u00e9cits bibliques, ce n&#8217;est ni \u00e9tonnant, ni g\u00eanant. Mais en prime Jane exprime r\u00e9guli\u00e8rement sa religiosit\u00e9, ce qui donne un caract\u00e8re assez dat\u00e9 \u00e0 la narration.<\/p>\n\n\n\n<p>On rajoute \u00e0 cela le c\u00f4t\u00e9 tr\u00e8s larmoyant des sentiments de Jane, qui pleure, qui se morfond\u2026 Ah oui, j&#8217;ai oubli\u00e9 de pr\u00e9ciser que les grands \u00e9talages des sentiments des romans d&#8217;amour, ce n&#8217;\u00e9tait pas mon fort.<\/p>\n\n\n\n<p>Bref au bout d&#8217;une centaine de pages, je n&#8217;aimais clairement pas ce roman \u00e0 cause de ces trois \u00e9l\u00e9ments (intrigue convenue, forte religiosit\u00e9 et cot\u00e9 larmoyant). Cela m&#8217;a d&#8217;ailleurs amen\u00e9e \u00e0 m&#8217;interroger sur mon grand amour des romans de Jane Austen vu qu&#8217;ils datent de la m\u00eame \u00e9poque (&#8221;Jane Eyre&#8221; fut publi\u00e9 en 1847, et les romans d&#8217;Austen entre 1811 et 1817) et comportent une intrigue assez proche (une jeune fille \u00e0 marier, de pr\u00e9f\u00e9rence avec un bon parti). J&#8217;en ai conclu que cela venait du style de Jane Austen, moins de religion et surtout, surtout, un regard ironique sur ses h\u00e9ro\u00efnes qui met une certaine distance entre ces jeunes ing\u00e9nues et le lecteur, distance absente de &#8221;Jane Eyre&#8221;.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant j&#8217;ai quand m\u00eame appr\u00e9ci\u00e9 ma lecture. L&#8217;une des raisons est Mr Rochester. On est loin du jeune premier. Il a la quarantaine, il a d\u00e9j\u00e0 bien v\u00e9cu. Il n&#8217;est clairement pas parfait. Il peut \u00eatre un peu mal d\u00e9grossi avec l&#8217;h\u00e9ro\u00efne, un peu comme Darcy, mais l&#8217;allure de jeune premier en moins. Il a un c\u00f4t\u00e9 bourru et impr\u00e9visible, qui lui donne une fraicheur par rapport \u00e0 d&#8217;autres h\u00e9ros de ce genre de romans. Il sait \u00eatre tr\u00e8s franc sur son pass\u00e9 et ses erreurs, notamment avec Jane. Il a un cot\u00e9 passionn\u00e9 et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, qui le rend attachant, en tout cas fascinant.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a un autre personnage que j&#8217;ai trouv\u00e9 int\u00e9ressant : St John. Il a anim\u00e9 ma lecture car d\u00e8s qu&#8217;il paraissait, je sortais mentalement les griffes. Autant il est charmant au d\u00e9part, autant il devient horripilant et devient une menace pour Jane. Sa simple pr\u00e9sence cr\u00e9e une tension qui donne une intensit\u00e9 au r\u00e9cit.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin troisi\u00e8me raison de s&#8217;int\u00e9resser \u00e0 ce roman : la posture f\u00e9ministe de Jane. Cette jeune fille se bat pour \u00eatre ind\u00e9pendante et respect\u00e9e, pour subvenir \u00e0 ses besoins et \u00e0 chercher le bonheur, malgr\u00e9 tous les obstacles qui se dressent contre elle. Il faut dire qu&#8217;\u00eatre moche, pauvre et avoir mauvais caract\u00e8re (ou avoir le sens de l&#8217;injustice, cela revient au m\u00eame pour elle) sont des \u00e9l\u00e9ments \u00e0 charge aupr\u00e8s de la bonne soci\u00e9t\u00e9 anglaise de l&#8217;\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p>Le traitement des paysages et du climat m\u00e9rite d&#8217;\u00eatre not\u00e9. Cela justifie de rapprocher Bront\u00eb du romantisme et du roman gothique. On a de nombreuses descriptions de paysage. Et le temps correspond souvent avec l&#8217;humeur de l&#8217;h\u00e9ro\u00efne. Il suffit de voir d\u00e8s les premiers chapitres quand, suite \u00e0 une agression de son cousin, la jeune Jane se rebiffe et est punie, une temp\u00eate se d\u00e9clare et assombrit le d\u00e9cor. Ce n&#8217;est qu&#8217;un exemple parmi d&#8217;autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Un dernier point que je mets en spoiler sur la religion et Jane. Je donne des \u00e9l\u00e9ments importants de l&#8217;intrigue donc \u00e0 vos risques et p\u00e9rils.<\/p>\n\n\n<p>Je trouve un parall\u00e8le entre St John et Jane. Tous deux ont rejet\u00e9 l&#8217;amour au nom de la religion. Jane a rejet\u00e9 Mr Rochester, qui l&#8217;aimait, car il \u00e9tait dans l&#8217;impossibilit\u00e9 de l&#8217;\u00e9pouser. St John refuse une femme qui ne pourrait pas l&#8217;accompagner dans ses projets de missionnaire en Inde. De plus, il sous entend qu&#8217;en refusant de partager son sort et de l&#8217;\u00e9pouser, Jane est une mauvaise chr\u00e9tienne. La religion a une place centrale dans la construction du bonheur de notre h\u00e9ro\u00efne mais on trouve aussi au travers du portrait de St John une certaine condamnation de l&#8217;ambition hypocrite des missionnaires, pr\u00eats \u00e0 sauver le monde sans \u00e9prouver de v\u00e9ritable amour, soit envers une personne pr\u00e9cise, soit envers le genre humain dans sa globalit\u00e9.<\/p>\n<p>La posture f\u00e9ministe de Jane me semble un peu fragile. Certes elle s&#8217;insurge de sa situation mais elle se conforme \u00e0 la biens\u00e9ance et \u00e0 la religion en rejetant l&#8217;amour sinc\u00e8re et r\u00e9ciproque de Rochester pour des raisons qui, surtout vues du XIXe si\u00e8cle, semblent contestables et vieux jeu. J&#8217;admets \u00e9videmment qu&#8217;accepter de vivre \u00e0 la colle avec Rochester d\u00e8s qu&#8217;il lui apprend pour sa femme folle aurait fait une fin moins \u00e9pique que celle choisie par l&#8217;auteure\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Au final une lecture qui m&#8217;a quand m\u00eame plu malgr\u00e9 ses d\u00e9fauts. D&#8217;un c\u00f4t\u00e9 une \u00e9criture qui a, \u00e0 mes yeux, mal vieilli mais des personnages hauts en couleur, notamment un, Mr Rochester, qui occupe toute la sc\u00e8ne quand il est pr\u00e9sent. Une fin satisfaisante mais un peu victime des normes de l&#8217;\u00e9poque.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9sum\u00e9 \u00e9diteur : Jane Eyre est pauvre, orpheline, pas tr\u00e8s jolie. 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